• La Provence à pied 6

    La Provence à pied. 6

     

    Sortie légendaire

     

    Abandonnés sur le parking de Valescure

    Parking du Centre Commercial de Valescure, Saint Raphaël.

     

    La Provence à pied  6Les nuages lourds de pluie grèvent le ciel noir, des rafales humides soulèvent les feuilles mortes du parking. Un temps prémonitoire, que des âmes confiantes, mais naïves ne savent pas interpréter à sa juste mesure. Huit silhouettes courbées se protègent du vent sournois, le vent du nord. Les  visages fermés trahissent un désarroi qui ne veut encore pas dire son nom. Bientôt, ils seront la risée de tout Saint Raphaël. Qui ? Les laissés pour compte du premier janvier.

    Des lambeaux de phrases semblent surgir d’outre-tombe, des mots qui ne s’adressent à personne ou alors, à un éventuel malheur qui plane sur ce parking. Une malédiction semble vouloir perdurer jusqu’à la fin des temps. Au bout de ce qui a fortifié nos illusions, jusqu’à ce sinistre jour, le 1erjanvier 20.., onze heures… Cela ne peut continuer ainsi. Les nez obstinément fixés sur la pointe des chaussures se lèvent, et osent exprimer de timides réflexions.

    -       Il lui est peut-être arrivé quelque chose…

    -       On m’a dit qu’il y avait du verglas dans son quartier…

    -       Son moteur n’aura pas démarré… 

    -       Elle aura fait tomber son portable dans ses toilettes, ça arrive…

    La Mamy ès Cailloux fait un bond de cabri, le téléphone collé à l’oreille.

    -       Je l’ai !

    Des visages anxieux se dressent. Doit-on se réjouir ? Sombrer dans un accablement encore pire ? Les plus futés ont cependant perçu une vibration jubilatoire dans ce cri. Ils attendent la suite, quémandent de leurs yeux implorants une nouvelle, apaisante, sinon salvatrice.

    -       Elle…attendez… oui, elle me dit qu’elle émerge…Non, elle n’est pas tombée à l’eau, ce que vous entendez là, c’est le bruit de la couette et de l’édredon qu’elle repousse… Quoi ?...Elle me demande ce qu’on fiche à Valescure…

    Du haut-parleur mis à fond sur le téléphone de Mamy ès Cailloux jaillit une voix empâtée, irritée :

    -       Mais pupuce, qu’est-ce que tu fais avec le téléphone ? Qui nous emmerde ce matin ?

    Les réactions sont diverses. Est-ce du lard ou du cochon ? Une mise à l’épreuve ? Elle nous ferait marcher, sans jeux de mots ?

    -       Tu parles, elle doit être planquée dans les environs et elle se tord de rire en voyant nos têtes !

    Hélas non. Il faut parfois accepter la vérité, aussi sordide soit-elle : notre Leader Maxima Unica (LMU) s’en paye une bonne tranche dans les plumes, pendant qu’on l’attend, giflés par une bise subitement déchainée. L’horrible tension se transforme en tumulte, en invectives, en n’importe quoi. Des voix se font entendre, plus fortes. Il est question d’un itinéraire, celui de l’année dernière. LMU nous entend, et de son lit douillet, elle s’emporte contre les empotés du parking  qui ne se souviennent pas du trajet.

    -       Dis Présidente, il y a les Pasrigolos qui arrivent à l’instant… Quoi ? Ne rien leur demander ? Ils ne sont pas fiables ? Ah bon, alors, à plus tard.

    Le plus hardi proposa une incursion en force au domicile de notre Leader et de squatter son jardin, histoire de lui apprendre les bonnes manières. Une vraie révolte… Vite résorbée. Le soleil a le bon goût d’apparaitre dans un ciel de plus en plus bleu. Et nous voilà partis, comme des grands, vers la forêt d’eucalyptus. Nous jubilons, car malgré nous, nous sommes tous des chefs, vu la défaillance de notre Présidente. NOUS décidons de l’arrêt déjeuner, et NOUS nous installons sur des roches plates, face à une mer étincelante.

    Pour les gourmets, mentionnons la recette de coquilles saint Jacques au chablis et crème de poireaux, de Denise, mmh… On la croit volontiers, après sa distribution de chouquettes au gruyère, et par la suite, de ses meringues aux copeaux d’amandes (une relation à sérieusement cultiver). Un problème surgit. Après la troisième tournée de daiquiris, Hélène ne voit plus la mer, pourtant on ne voit qu’elle. Eclats de rire et de voix, raclements de grosses chaussures, nous arrachent à une sieste pas triste, odeur des eucalyptus et soleil aidant. Qui est-ce ? Notre Leader Maxima Unica arrive, avec du renfort ! Chose promise, chose due : elle nous récompense par de magnifiques restes de ce qui fut un beau gâteau, elle ajoute une rasade de champagne, transporté par son sherpa privé. Elle arriverait presque à nous convaincre qu’on a bien de la chance, qu’on ne la mérite pas ! Le pire, c’est qu’elle n’a pas tort.

    Quelle journée magnifique, pour commencer cette nouvelle année ! Instants uniques ! Mais achtung, plus de panne de couette ! 

     

    Gérard Stell

     

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